Témoignages

Patient souffrant de Polyarthrite Rhumatoïde, Anxiété d’anticipation....


J’ai rencontré Françoise pour la première fois le 23 juillet 2012. Je m’en souviens encore comme si c’était hier.
Mais d’abord, il faut que je dise comment j’ai débarqué dans son cabinet.

Je suis responsable d’un bureau d’étude dans une grosse société française, un travail plaisant qui m’a toujours demandé beaucoup d’investissement.
J’y suis arrivé après des études d’ingénieur qu’il faut bien qualifier de brillantes, une thèse de doctorat et une première expérience professionnelle prometteuse.
J’ai coutume de dire que j’ai commencé ma vie d’adulte comme un moine bénédictin, studieux et très sportif, solitaire, que je l’ai poursuivi avec ma femme puis mes enfants en remplissant ma vie avec intensité.

Et puis un jour quelque chose a craqué en moi.
Je me suis retrouvé à l’hôpital dans un piteux état et les médecins ont diagnostiqué une polyarthrite rhumatoïde qui s’est avérée être destructrice avec le temps.

Le choc ! Fin de l’aventure ! Fin de la réussite.

Je me suis retrouvé scotché au sol mais avec mon esprit opiniâtre, l’accompagnement permanent de ma femme, la joie de vivre de mes enfants, je me suis accroché, j’ai surnagé à l’anxiété ou l’inquiétude et j’ai reconstruit un mode de vie en apparence normal, avec une famille qui s’est centrée sur mon propre rythme parfois chaotique.

La polyarthrite est venue se greffer juste à côté de ce qui me touche le plus.
Je suis issue d’une famille qui a des problèmes héréditaire de cholestérol.
L’expérience des personnes touchées dans ma famille m’a marqué depuis ma petite enfance et m’a petit à petit amené à renforcer mon appétit pour le sport par une forme d’obligation, sous couvert d’avoir une bonne hygiène de vie.

Bridé par mes articulations régulièrement douloureuses, ce sont mes artères qui ont réellement commencé à me stresser.

Ce cocktail de douleur et de conflits entre protection de mes artères/protection de mes articulations a commencé à avoir un effet totalement délétère, passant par exemple par une tension artérielle de plus en plus élevée.

Mi 2011, je me suis retrouvé chez mon cardiologue, au comble de la tension artérielle, au maxi des dosages d’anti-angiotensine, en difficulté pour prendre d’autres classes de médicaments du fait de mes autres traitements et de mon cœur de cycliste, plutôt bas en fréquence.

Mon cardiologue, puis mon médecin traitant me distillaient à l’époque des messages sur mon stress.
J’ai passé l’été avec un anxiolytique léger qui s’est avéré efficace.
Je comprenais bien mon stress, je compris que si j’avais si souvent les larmes aux yeux, si je ne supportais pas la douleur des autres, c’est aussi que je n’étais pas aussi équilibré que je prétendais l’être.
Ma femme concluait souvent de mes debriefs de rendez-vous médicaux que je n’étais pas du tout malade.
Je la comprenais mais mon ressenti maladif dominait.

J’ai fait un peu d’études de psychanalyse et j’étais tout à fait ouvert à penser que je me mettais la pression seul, peut-être sans le percevoir.
Mais j’avais du ressort, je finissais toujours par repartir très fort. Je ne fuyais pas ce qui m’arrivait.
J’avais réellement l’impression de travailler à me mettre en confiance, en me servant d’éléments objectifs : performance physique, compte-rendu médicaux, etc...

Et puis en 2012, je me suis retrouvé avec des petits bobos inhabituels, pleins de petits soucis agaçants. Mon médecin traitant m’a glissé le numéro d’une psychiatre au cours d’une discussion. J’étais très ouvert à ce genre de démarche alors même si je ne me sentais pas détraqué, et malgré mon agenda surchargé, j’ai sauté le pas.

Ma psychiatre m’a reçu et a diagnostiqué très vite une anxiété d’anticipation : peur de tout ce qui va m’arriver, représentation traumatisante de mon avenir. Je ne profitais pas assez de la vie, stressait parce que je voyais un avenir noir et ne profitais pas du présent, etc... mais elle m’a trouvé très sain d’esprit, ayant du recul. Alors nous sommes rapidement tombésd’accord pour éviter les médicaments et tester une autre approche.

J’étais ouvert à ce type d’expérience, prêt à m’engager.

J’ai fini pas avoir un rendez-vous chez Françoise quelques jours plus tard.
Entre temps, un peu avant d’aller assister au passage du peloton du tour de France dans sa dernière étape, je me retrouvais avec une douleur intense à la poitrine à l’issu d’un faux mouvement.

J’avais un mal de chien mais je mettais ça sur le compte d’une petite déchirure intercostale.
Je profitais de l’étape en ayant quand même assez mal, sans me priver cependant de porter ma petite fille sur mes épaules, en continuant à m’amuser comme je pouvais.

Mais dès le lundi matin j’ai pris rendez-vous pour le lendemain avec mon médecin parce que je voyais bien que je n’allais pas m’en tirer facilement.

Et le soir j’ai fait ma première séance avec Françoise, une séance découverte déjà marquante :
- D’abord parce qu’à la première question qu’elle m’a posé pour cerner mon personnage, je me suis retrouvé soufflé, au bord des larmes ! Aie, j’ai une carapace, ça fait mal de la décoller.
- Ensuite parce qu’il fallait que je découvre la sophro de base, mais j’avais quand même du mal à respirer correctement, à gonfler ma poitrine !
Ainsi ont commencé les exercices puis les débriefs d’un bonhomme qui avait la prétention de très bien se connaitre, connaitre son corps, qui avait plein d’énergie, était toujours dans l’analyse profonde des choses et voulait toujours bien faire.

Deux qualités m’ont permis de me plonger dans ces séances et d’y trouver rapidement des bénéfices : je suis très curieux et toujours très à l’écoute de ce que l’on me dit.

Le lendemain, je suis passé chez le médecin traitant, puis le cardiologue, puis à l’échographie. Et voilà, je souffrais d’une péricardite !Je démarrais les séances avec un bel arrêt maladie de 7 semaines, et un excellent sujet de discussion pour travailler en sophrologie.

Je venais d’être touché dans ce que j’ai de plus cher : mon cœur, mon cœur de sportif réglé comme une horloge qui me rendais de merveilleux services et me donnait tellement de plaisir, sous couvert de m’éloigner de tous les maux que je voyais dans ma famille.

Les premiers exercices se sont centrés sur de la sophrologie de base et des exercices de visualisation.

Allongé chez moi, je coupais régulièrement la télé et le suivi des épreuves des jeux olympiques pour faire des respirations, ou écouter mes premiers enregistrements.

J’écrivais mes premières phéno-descriptions.

Elles étaient très centrées sur les images, les couleurs. Je voyais, je sentais les personnes qui interagissaient avec moi, dans mon passé, je ne les entendais pas. Les scènes étaient très réalistes.

Elles me renvoyaient à certains événements très présents dans ma mémoire, ou d’autres bien plus anciens.

Il y en a eu une en particulier où je me suis retrouvé dans une petite piscine gonflable de bébé, je devais avoir 3 ou 4 ans, et je voyais ma cousine rire aux éclats, je ressentais ma tante dans mon dos sans la voir ni l’entendre. Je suis très visuel.

Des scènes comme celle là, j’en ai fait ressortir pleins que je reprenais ensuite au long de mes journées.

Au début, je profitais de ces belles images dans lesquelles je me plongeais avec plaisir et en même temps je me posais beaucoup de questions sur le sens de tout ça.

Le côté rationnel en moi tournait toujours à fond.
Je faisais mes exercices de façon très assidue et en même temps passé le temps de la phéno- description je commençais à réfléchir énormément sur moi.

Comme beaucoup d’autres personnes à leur façon, Françoise me demandait de lâcher prise.

Je suis comme le papillon face à une flamme de bougie.
Je sentais miroiter plein de choses profondes, je voulais aller les chercher et les comprendre.

Avant de partir en vacances, pour ma quatrième séance, je passais sur la table de massage pour une inspection en règle.

Tiens, nous découvrons pleins de petits blocages : le haut du dos (plutôt fort), un muscle sous l’omoplate gauche, le ventre qui ne veut jamais se décontracter, 2 pointes douloureuses derrières les genoux, etc...

Je suis plutôt surpris. Je ne ressentais pas ces tensions, mais elles étaient là. Un nouveau chantier s’ouvrait.

Quand nous sommes partis en vacances en famille à la montagne, je n’étais pas du tout remis.
J’avais un feu vert du médecin pour le voyage, mais il fallait que je sois prudent, raisonnable.
J’alternais les journées de forme et celles d’extrême fatigue.

Un jour je gagnais la petite compétition de natation de la piscine de la station, et le lendemain j’étais pris d’un mal des montagnes en grimpant pour rattraper ma femme et mes enfants au sommet d’une télécabine.
Le mal des montagnes : quel effarement pour moi qui me suis toujours senti totalement adapté à cet univers, toujours à courir dans les montées ! Perdu seul dans la pente, je me suis retrouvé au pied du mur.
Mon cœur battait la chamade , il ne voulait pas redescendre. Mes jambes tremblaient d’hypoglycémie. Pour la première fois, la sophrologie m’a rattrapé. « Calme toi, respire, redescend tranquillement ». Avec patience, beaucoup d’écoute et une certaine inquiétude, je suis arrivé à redescendre épuisé au bas du télécabine.

Je me suis reposé une bonne heure avant de me dire que je devais absolument essayer de remonter retrouver tout le monde.
Quand je suis monté dans la télécabine, seul dans une bulle, j’ai été pris de panique.
Trop tard, les portes se sont fermées, je montais.
Alors je me suis assis au sol, et j’ai commencé des respirations ventrales pour me calmer. Je me suis parlé, fort, très fort.

J’ai été surpris par ce réflex très naturel. J’étais sur un premier basique de mes exercices avec Françoise que j’avais un peu détourné pour l’urgence.

Et ça a marché. Quand je suis arrivé au sommet, j’étais redevenu calme, mes respirations étaient profondes, j’étais heureux, très fier d’être là. La vue était magnifique.

Ce fut le premier signe tangible de l’effet de la sophrologie sur moi. Je n’en avais pas besoin pour être motivé, mais rendre mes exercices tout d’ un coup aussi concret a été un vecteur de motivation très fort.

Quand je suis rentré de congés, je suis passé voir mon cardiologue pour un bilan péricardite. Il a compris très vite que j’avais subi tout l’été les effets secondaires des statines que je prenais pour équilibrer mon cholestérol, et pas seulement eu le contrecoup fatigant de la péricardite.

J’arrête ce traitement de façon définitive. De nouveau, je me suis retrouvé sans filet, atteint sur ce qui me tenaitle plus à cœur dans ma santé.

Il n’y avait plus que mon hygiène de vie pour m’aider à lutter contre les risques qui m’entouraient.
J’atteignais le summum du stress, je ressentais le choc émotionnel, je le décrivais très bien. Ma psychiatre ne variait pas de sa ligne.

Je me plaisais en sophrologie, je devais continuer, j’allais y arriver.

Pendant de très nombreux mois, très régulièrement, j’ai continué les séances avec Françoise, parfois pour développer de nouveaux exercices, parfois pour faire des débriefs assez complets et recevoir certains conseils, certaines remarques.

Je faisais bien mes exercices, je progressais bien dans ma maîtrise de ce côté-là. Mais à côté j’avais des comportements, des habitudes, des paroles qu’il fallait absolument corriger.

J’avais des manifestations physiques qui montraient que je drainais un très gros stress : respiration souvent difficile, oppressée, nuits peu récupératrices, tête douloureuse.
Les articulations allaient plutôt bien mais le reste ne suivait pas.
La perception du stress était nette, mais je n’étais pas encore capable de bien agir. Françoise m’a appris plusieurs techniques, des points d’acupuncture à activer par exemple.

Au travail, je me faisais des micro-massages quand je me sentais trop fatigué.
Je fermais régulièrement les yeux assis à mon bureau et effectuais quelques respirations coupées du monde, pour me détendre.
J’apprenais à faire des SDN, des substitutions.

Le soir, je passais beaucoup de temps à faire mes exercices à côté de ma petite fille. Pendant qu’elle s’endormait, j’écoutais l’un de mes enregistrements de sophrologie et je dérivais dans les sphères de mes visualisations, du soleil qui me chauffait les épaules. Un bien être s’installait toujours dans ces séances.

Mais je constatais toujours que je redevenais fragile très vite une fois l’exercice terminé. Alors il a fallu débriefer encore et encore avec Françoise. Je me suis fait souvent corriger dans mon langage qui montrait que je n’avais pas les bonnes représentations, que je réfléchissais trop, que je cherchais trop à comprendre et pas assez à ressentir.

Quand arrivèrent les fêtes de noël cette année-là, j’avais l’impression d’avoir gagné quelque chose. Je réalisais des séances de sport mémorables.

Et puis, le 31 décembre, une très forte douleur de poitrine m’a surpris en plein petit déjeuner.

J’aurais dû avoir peur, mais non. Allongé dans le canapé chez des amis, j’étais à l’écoute, je plongeais en moi pour observer ce qui m’arrivait. Je sentais de la finesse dans mon approche. J’avais vraiment mal, mais je ne ressentais pas de gravité dans ma douleur.

L’après-midi, je filais à la piscine me détendre. J’étais incapable de faire quoi que ce soit, je n’arrivais pas à me décontracter. Je n’étais toujours pas inquiet, sauf que j’avais trop mal. Je multipliais les petites séances de SDN. Les exercices me faisaient du bien, mais je n’avais aucune latence.

J’ai fini par participer au réveillon en faisant le DJ du fond d’un canapé, à ne pas pouvoir bouger.

Le lendemain, je me suis décidé à aller aux urgences. On m’a déposé devant l’hôpital et je me suis présenté seul à l’infirmière de l’accueil qui m’a tancé vertement d’être venu seul et aussi tard. Merci de me stresser madame. Je me suis retrouvé dans la salle « chaude », celle des cas critiques. Tension haute, stress accru par mes voisins en piteux états. Impossible de me mettre à des exercices de respirations.

J’ai sorti mon bloc note et commencé à écrire, pour essayer de donner du sens à tout ça, écrire quelque chose que mes enfants pourraient lire un jour si vraiment cela devait être grave. J’ai eu le temps d’écrire.

Et puis l’ECG a été impeccable, les radios aussi, la prise de sang parfaite. « Vous pouvez sortir, tout est ok, c’est juste une douleur pariétale. Je vous donne du paracétamol . - Douleur pariétale ? Qu’est-ce que cela veut dire ? - Que vous avez mal à la poitrine. Ca peut être du stress.»

Quel choc de se dire qu’une fois de plus je subissais un stress intense que je n’avais pas perçu. J’ai tenu le coup jusqu’à ce que ma femme me récupère pour sortir de l’hôpital. Je me suis effondré dans ses bras. Accablé ! J’ai fait du mal à tout le monde, provoqué tellement d’inquiétude pour se dire que finalement c’était toujours ma tête qui me jouait des tours. Mon cousin était avec nous dans la voiture. Ces mots m’ont marqué. « Tu es le plus pur d’entre nous, le plus strict sur tous les plans. C’est des conneries tout ça. Laisse toi vivre. »

La douleur s’est accrochée à moi pendant un mois, et m’a renvoyé à mes soucis respiratoires. Ma fatigue est revenue. Mais quelque chose avait changé. D’un côté je subissais des assauts. De l’autre je les cueillais avec les outils dont je disposais. Ma perception s’était accrue. Je prenais du recul. Je ne laissais pas les mauvaises pensées m’attraper. Je les substituais très vite. Lorsque j’allais au travail en voiture, je coupaisla musique, la radio. Je respirais et me parlais doucement. Je me félicitais, reprenais des scènes plaisantes des jours passés et prenais le temps de me dire ce qui m’avait plu. Quand je faisais du vélo ou du roller le soir, je prenais parfois le temps de m’arrêter pour lancer des cris profonds et me parler avec force. Il faut être un peu fou pour faire ça ? Pas quand on voit le résultat. Je sentais une confiance monter. Je perdais les a priori d’échec, j’abandonnais progressivement les projections négatives. A force de me féliciter de ce que je faisais, de ce que je construisais, de mes réussites, mon approche se transformait.

Concrètement, quand arrive le mois de juin, presque un an après ma première séance, j’ai baissé de 2 classes mon traitement pour la tension, je suis dans une forme éblouissante, je suis reposé.

J’ai l’impression de capter, sentir pleins de choses un peu nouvelles, un peu sans doute comme le fumeur qui s’arrête et retrouve le goût et les odeurs. Un sacré cap est franchi.

juillet, je me suis fait déborder d’un travail très stressant. Je devais m’occuper de toutes les facettes d’un problème épineux, très exposé, alors que plusieurs collègues étaient en vacances. Je me fatiguais. Je sentais que mon sommeil n’était pas réparateur, que je commençais à avoir des petites manifestations piquantes au niveau des poignets et d’une hanche.

La maladie, qui était largement en rémission, pointait de nouveau son nez. Je l’ai gérée avec tous les outils à ma disposition. J’avais acquis beaucoup de confiance en moi, beaucoup de sensibilité. Je ne ressentais rien de grave et me disais que les vacances allaient me permettre de revenir à un état normal.

C’était la première fois que je gérais une poussée comme cela, plutôt calmement, en allant décontracter par des exercices de respirations tout ce que je trouvais contracté, en faisant beaucoup de substitutions, en allant regarder de l’intérieur mes points de douleurs.

Le mois d’aout a été un mois de vacances, un mois sportif en bord de mer. Les douleurs au poignet ne se résorbaient pas vraiment, même si elles ne me gênaient pas. Je n’étais pas inquiet, même si je prenais beaucoup de précautions. Je passais du temps assis au bord de mer, les yeux fermés à apprécier l’instant : le bruit de la mer, le vent qui m’effleurait les joues, les odeurs d’algues alentours, etc... J’étais très sensible à tout ce qui se passait, je souriais en percevant tout ce qui m’entourait. Et tous les après-midi, je partais faire du kayak de mer. Je tenais ma douleur au poignet à un niveau acceptable. L’effort était doux, il y avait peu de risque que je me retrouve en mauvaise posture au milieu de l’eau. Et je passais un excellent été malgré cela.

Si je regarde cette période quelques mois après, c’est d’abord pour souligner avec fierté à quel point j’ai réussi à changer d’état d’esprit par rapport à ma maladie : j’avais beaucoup plus confiance en moi, je stressais bien moins facilement, je ne prenais pas tous les signaux que m’envoyait mon corps comme des signaux graves.

J’avais le droit d’être fatigué, d’avoir des coups de moins bien, sans que forcément ce soit à cause de ma maladie qui voudrait se relancer. Courant septembre, alors que mes poignets étaient toujours un peu douloureux, je m’amusais en fin de journée à une partie de badminton avec les enfants. Je me suis pris au jeu un instant et j’ai lancé par inadvertance le volant d’un grand coup de poignet.

La douleur arrive, comme une piqure et un craquement. Je venais de faire une grosse erreur d’inattention. Ce fut le point d’entrée d’une rechute qui va durer environ 6 mois, la troisième depuis que je suis malade. Celle-là sera particulière. Sa nouveauté : à chaque fois j’ai l’impression d’être un peu en avance par rapport à ce qui va m’arriver, d’arriver à anticiper. Mais anticiper n’est pas enrayer. Ca ce sera plus long. Mais au moins, arriver à anticiper veut dire continuer à vivre avec le sourire, sans trop porter le fardeau fatiguant des douleurs permanentes, modérée cette fois-ci. Bien sûr, au quotidien je suis affecté, avec des coups de mous.

Il y a des choses que je ne peux pas faire, et peut-être des moments où je suis de mauvaise humeur. Mais j’ai de la patience, j’arrive à gérer mon stress.

Cette période fut l’occasion pour moi d’appuyer sur un point qui faisait mal et sur lequel je ne progressais pas. Sportif, toujours sportif. Mais je pensais être d’abord dans le dépassement de soi. Je croyais avoir à travailler sur mon caractère excessif dans l’accomplissement personnel.

Au détour de quelques séances de sport assez particulières, j’ai découvert que je raisonnais aussi compétition, que je n’abandonnais pas, même diminué, mon envie spontanée de me mesurer aux autres, sous couvert de me faire plaisir.

Cet excès-là, Françoise m’en parlait régulièrement depuis des mois.
Cela transparaissait dans nos débriefs. Mais voir que c’était un réflex même quand je passais mes journées à travailler sur des douleurs qui étaient toujours là était choquant : cela ressemblait à une forme de suicide.

Les mois de septembre à février vont être consacrés à la prise en charge de ma poussée : très nombreuses SDN, exercices très fréquents de substitution, beaucoup de bilans en fin de journée à souligner le positif au quotidien, beaucoup de petits exercices de méditations simples, de respirations simples en toutes circonstances, et sur le plan physique augmentation des exercices d’assouplissement.

Petit à petit, les exercices se sont transformés et je réalisais un peu plus de séances où je touchais et cherchais à ressentir ce qui se passait dans mes genoux ou mes poignets. Le toucher chez moi est toujours très fort pour effacer les mauvaises sensations, le temps du toucher. Mais en me concentrant sur ma perception, j’arrivais aussi à ressentir un peu plus en profondeur ce qui se passait, à parler à l’articulation, à la rassurer et me rassurer aussi.

Tout n’est pas idéal, et parfois l’exercice à ses limites. Début février, je me suis retrouvé à l’hôpital à cause d’une œsophagite aigue. Mon traitement est agressif pour l’estomac. Je le sais. Mais j’ai mal interprété un signe. J’ai cru avoir un début d’angine, j’ai attendu un peu avant de voir un médecin, et finalement l’œsophagite est devenue tout à coup insupportable. Cette expérience m’a montré deux choses :
- D’abord que dans tous les cas je dois aussi prendre garde à respecter scrupuleusement les consignes de mes médecins. Je ne m’étais pas relâché. Mais j’avais un peu oublié certains risques dont on me parlait régulièrement.

- Ensuite, perdu à l’hôpital dans une antenne qui était un vrai mouroir, j’ai bien vu que tous mes exercices de sophrologie étaient inefficaces. Il y a encore du travail. Quand certains seuils de stress ou de lassitude sont franchis, il faut se contenter des petits effets que me procurait la sophrologie à mes débuts, accepter de ne pas réussir à se concentrer suffisamment au milieu des cris et geignements ambiants. Au moins j’ai retenu de cette expérience un bel optimisme, en opposition avec l’attitude circonspecte des médecins qui ne me connaissaient pas et, voyant mon dossier médical, considéraient rapidement que j’étais un cas grave.

A partir du mois de mars, j’ai commencé à considérer que la maladie refluait. J’avais encore des manifestations, je suis de toute façon atteint de pointes d’arthrose par endroit. Mais je ressentais la consolidation qui progressait. Je commençais à avoir vraiment peur de ce qui allait se passer quand je me sentirais totalement remis : peur des excès, peur de me faire simplement mal à vouloir aller trop vite, etc... Je change un peu mon approche de l’effort : je me fixe des objectifs. Ou plutôt je démarre certaines séances en me demandant à partir de quelle « performance » je vais considérer que j’ai fait quelque chose de bien. Je me sers de ces repères pour valoriser le niveau atteint, et essayer de façon raisonnable de lever le pied une fois l’objectif atteint. Ce n’est pas du tout naturel chez moi. Mi juin, c’était hier, je pars pour une sortie vélo sous un soleil éclatant. Il y a des cyclistes partout que je croise. D’habitude, je saute de groupes en groupes, tente de lâcher ceux que je rattrape, ou m’accroche aux plus rapides qui me doublent, par jeu. Cette séance-là est totalement différente : je ressens d’abord le plaisir d’être là au milieu de tous ces gens. J’en laisse filer un me disant qu’il va trop vite, j’en double un petit paquet également sans chercher à les assommer. Je passe plusieurs séquences à simplement rire d’être là et sentir que tout va bien. Dans la cote d’après je me mets un peu la pression, pas trop, et observe mes genoux avec bienveillance. Pas de compteur, pas de cardio-fréquencemètre. Tout à la sensation. C’est la première fois que je roule avec un plaisir qui vient d’abord de la satisfaction de sentir que je suis une mécanique bien huilée, joueuse, qui choisit de s’engager ou pas en toute liberté.

Est-ce que j’ai réussi à acquérir cette part de sagesse que je cherchais depuis presque un an ? J’ai l’impression que c’est d’abord une nouvelle représentation de moi qui est à l’œuvre : de la confiance, de la bienveillance, une meilleure prise en compte de mes capacités, une meilleure aptitude à valoriser ou remercier ce qu’il y a de bien en moi. Vu de l’extérieur, rien ne change. Vu de l’intérieur, c’est un autre monde. C’est un changement de valeur, alors sans doute est-ce durable.

C’est le moment de faire le bilan. J’espère que l’évolution est sensible entre le début et la fin de mon témoignage. On ne parle plus de la même chose. On parle de choses anodines en apparence, mais peut-être est-ce plutôt la base de tous mes problèmes, de certains de mes mauvais excès qui ont contribué à un dramatique cocktail à un moment clé pour moi il y a quelques années.

La sophrologie m’a beaucoup aidé, par un chemin très indirect, pas du tout linéaire, qui mène à la fin à une modification de la perception de soi, un changement dans la représentation de soi, et des pratiques qui permettent d’entretenir une vision positive de soi et des événements.

Tout n’est pas parfait. J’ai par exemple encore beaucoup de travail dans la perception de mon enveloppe (externe). Et donc l’histoire continue.

G.........

Françoise LAVRARDréalisé par Raphaëlle COLLOMB - Mentions légales